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Les bizarreries des cotes de pot

ou comment les truquer
vendredi 30 décembre 2005.
 
Où : cash game sur Party Poker, 0.25$ / 0.5$
Position : UTG ( BB + 1 )
Main : AcKc

Premier à parler, j’aimerais faire un premier tri, sans toutefois faire peur à tout le monde. Je mise 2$, soit 4BB, pour varier un peu mes relances. Là où j’espère attirer 1 ou deux gars ( la table est assez tight ), je me retrouve face au phénomène du troupeau. La nana juste à ma gauche call, puis un gars situé deux sièges plus loin, si bien que pour les suivants, payer devient de plus en plus intéressant puisque le pot grossi. Du coup, 4 personnes payent, et je suis déjà embêté.

Flop : 2c Td 6c

Ce flop, je pourrai le trouver très bien si on était pas autant. En effet, que des cartes relativement basses ( qq’un a peut être touché une paire de T ), et surtout 2 trèfles. Le pb, c’est dans mon troupeau de suiveurs, il y a forcément quelqu’un qui se ballade avec une paire en dessous de T ou même au dessus ( moins probable, vu que je n’ai pas été re-relancé préflop ), voire un brelan de T. Bref. Je suis de nouveau premier à parler ( les blindes ont foldé preflop ), avec un pot valant un peu moins de 10$.

Après un petit temps de reflexion, je me persuade que la meilleure stratégie est de miser à peu près 2/3 du pot. Le but est de faire un premier tri, mais surtout de se fabriquer des cotes au pot sur mesure. En effet, avec la tétrachiée d’outs que j’ai, je pourrai caller presque n’importe quel pari : 9 trèfles, mais on peut aussi penser que vu les actions préflop, un roi ou un as suffiront. Cela dit, pour eviter les déconvenues, je ne compte que pour moitié les 6 derniers outs ( as et rois ). Donc 12 outs. Soit 1 chance sur 4 de toucher au turn, et quasiment une sur deux de toucher si je vois la river. Cela dit, ça reste un tirage, et je me dit que si je mise 2/3 du pot ( soit en gros 6$ ), ça devrait calmer un peu les relanceurs potentiels. Si j’ai qu’un seul gars qui paye, mes côtes sont de 6 pour 15, soit 2 pour 5, soit 28%, soit très légérement défavorables si je ne vois qu’une carte.

Action : je mise 6$
Résultat : seule la nana à ma gauche call. Son tapis restant est 11$. Le pot est de 21$ ( rake déduite ).
Turn : 7s

Bon. C’est pas vraiment ce que j’attendais. Et de nouveau, c’est à moi de parler. Je soupçonne de plus en plus mon adversaire d’avoir une jolie paire, ou même un brelan. Mes outs sont donc toujours les mêmes, sauf qu’il ne reste qu’une carte. Soit 25%, en gros. Comme au tour précédent, mon but est de ne pas subir un gros pari en checkant, mais plutôt de l’inciter à suivre et d’espérer qu’elle se dise "chouette, il construit le pot pour moi, je vais l’piner". J’ai donc misé 4$ ( c’était trop peu à postériori ), me donnant des cotes au pot à 4 pour 26, soit 13% environ. En y repensant, j’aurai pu aller jusqu’à la moitié du pot pour garder des cotes un minimum positives. Soit 11$. Là où c’etait compliqué, c’est que 11$, c’est son tapis, et que c’est aussi la limite, c’est à dire le point où les cotes au pot ne sont ni favorables, ni défavorables : Ca ne rimait pas à grand chose de miser 8 ou 9$, puisqu’elle n’aurait jamais "callé" cette somme, mais plutôt relancé son tapis.

Action : je mise 4$
Résultat : elle relance de 11$, son tapis. Le pot est de 35$, et je dois payer 7$ pour voir la river.

7$ pour un pot de 35$, ça fait 16% ( 7/(35+7) ), c’est plus qu’il n’en faut. Donc je call, puisque j’ai 24% de chance de tirer une carte gagnante.

Action : je call
River : 3c
Résultat : j’ai la couleur noisette, et je ramasse le pot, 42$.

Pour la petite histoire, je me fais immédiatemment traiter de "Lucky Homo" ( 1ere fois celle là ), et le temps de lui raconter que c’était légitime de payer, elle est partie, après avoir montré sa paire de Q. Bref.

Le point que je trouve intéressant, c’est le fait qu’un pari qui paraissait forcément moyen au turn ( puisqu’elle allait mettre son tapis, et que ce tapis représentait la limite exacte de mes cotes au pot ), est devenu évident après m’être fait relancer.

Dan Harrington explique que nombre de débutants font l’erreur de jeter leur main après s’être fait relancé, alors qu’il faut au contraire jouer chaque action en faisant abstraction des paris précédents. En gros, le fait que la décision précédente soit une grossière erreur ne doit pas nous poussez à se coucher après une relance en "auto-punissement". Il faut au contraire éviter de commettre une nouvelle erreur en se couchant, et en ne considérant pas les nouvelles cotes au pot qui s’offre à nous.

Dans mon cas, le fait de miser 4$ au turn était motivé par l’espoir de voir mon adversaire payer, sans relancer, et de voir ainsi la dernière carte pour pas cher. J’ai du mal à évaluer à quel point c’était mal joué, même si à l’évidence, miser 6$ un tour, puis baisser à 4$ au suivant apparaît naturellement comme un aveu de faiblesse, et pousse à la relance. De toutes façons, miser moins aurait provoqué le même résultat ( relance tapis ), et miser plus aussi, puisque se laisser 2 ou 3$ n’est pas raisonnable pour continuer à jouer ( même si l’on est pas dans le cadre d’un tournoi, et que chaque jeton à de l’argent. Cela dit, on s’aperçoit quasiment tout le temps que les derniers dollars partent beaucoup plus vite que les premiers ). Du coup, la main était jouée à l’avance, compte tenu de la taille du tapis adverse.

Ceci dit, imaginons que ce tapis aie été, disons 3 fois plus grand. Dans ce cas, le pari idéal aurait surement tourné aux alentours des 8$, de manière à rester offensif tout en gardant des cotes au pot favorables. Supposons maintenant que l’adversaire relance à 20$. Le pot est alors de 50$ ( 22 + 8 + 20 ), et il me coute 12$ pour payer. Selon harrington, il faut faire abstraction des coups précédents ( et du fait que j’ai déjà englouti 8$ avec ma précédente action ). 12 pour un pot qui en contiendra 50 + 12 = 62, cela fait 19%, soit des cotes favorables ( inférieures à mes 24% de chances de toucher ma carte ), d’autant plus que mes cotes "implicites" ( ie qui tiennent compte du l’argent supplémentaire que je pourrai extraire au dernier tour de mise si je touche ma carte ) renforcent le tout. Bref, là aussi, un pari "évident", où j’aurai donc investi 12$ + les 8$ initiaux. Soit 20$, somme que je n’aurais pas pu payer si j’avais passé, et que mon adversaire avait parié 20$ ( 20 pour 42, ie 20/62=31%, défavorable ). En somme, si le résultat est le même, le fait d’avoir été offensif m’implique naturellement un peu plus dans le pot.

Faut-il utiliser ce schéma de manière voulue, c’est à dire de s’impliquer dans le pot en ouvrant un pari, de manière à être en position mathématique favorable en cas de relance ? Difficile à affirmer. Inversement, si la river n’est pas favorable comme elle l’a été ici, peut-on réellement se dire "bon, j’ai pas eu mon tirage, mais mes actions étaient toutes cohérentes" ? ou bien est ce une erreur d’avoit ouvert le pot initialement ?

Personnelement, je ne pense pas, car passer après avoir été franchement offensif jusque là, alors qu’une carte anodine tombe, cela ressemble trop à un " j’ai essayé de voler le pot , je me suis fait rattraper, j’arrête les frais ". Le risque de voir un arriver un pari qui nous mette hors course pour le tirage est alors grand. Certains penseront que dans ce cas, c’est le signe qu’il faut reconnaitre qu’on a pas la meilleure main et se coucher, d’autres regretteront une opportunité de se faire un gros pot.

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