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Spleeeeeeen

Ou comment surmonter la défaite...
jeudi 5 janvier 2006.
 
Les périodes difficiles arrivent à tout joueur de poker, aussi doué soit-il. C’est un des charmes de ce jeu, et à mon avis une des grandes difficultés à savoir surmonter avec brio. Comment faire pour stopper un gros loosing streak ? Comment le limiter au maximum en attendant que la vapeur s’inverse ? Comment ne pas sombrer et perdre de plus en plus en essayant de se refaire ? Autant de questions auxquelles je n’ai pas su répondre dernièrement, ce qui m’a inexorablement entraîné vers une perte de mon bankroll digne de la fonte d’un iceberg dans le Sahara. L’analyse de ma petite expérience m’a tout de même permis de dégager quelques pistes... Je ne prétends pas faire le tour de la question ni donner la formule magique pour gagner tout le temps (ou ne jamais perdre), ce serait trop beau

Le phénomène

On parle ici de NLTH, évidemment, et exclusivement pour le moment. C’est d’ailleurs le seul poker que j’ai pratiqué. Comme je le disais, il est impossible de gagner à tous les coups à un jeu où la chance intervient, mais il est possible de perdre (ou de gagner) beaucoup d’un coup quand il s’agit de NL. Sur une main de NLTH, il est possible de perdre son stack, même en ne commettant pas d’erreur. D’ailleurs je tremble toujours un peu quand on me distribue AK ou AQ, mais c’est une autre histoire...

Donc lorsqu’on joue régulièrement, il est normal d’encaisser des swings plus ou moins importants, négatifs ou positifs. Le tout pour être gagnant étant de maximiser les swings positifs tout en minimisant (ou même en évitant) les swings négatifs. Facile à dire... Il faut impérativement savoir se comporter face à une grosse perte sèche pour ne pas sombrer. Et cela demande plus d’efforts qu’ils n’y paraît. J’y reviendrai dans les paragraphes suivants. La première face du phénomène de loose est donc les grosses pertes sur une seule main. Si on encaisse un mauvais coup, la confiance en prend un coup (le stack aussi), surtout si aucun bon coup n’a précédé. En gros ça devient dur quand on se retrouve très en-dessous de son buy-in initial.

C’est là qu’apparaît la seconde face du phénomène. Moins on a de piécettes, plus elles disparaissent rapidement. Pourquoi ? On commet plus d’erreurs, on s’impatiente, on est « on tilt », on est très vite à tapis sur un pot moyen. Et cela s’applique au stack comme au bankroll, j’en ai fait la cruelle expérience. Mes 30 derniers $ sont partis comme ça pouf, alors qu’avec mes 20$ initiaux j’avais réussi à jouer 2 mois. Si on ne prend pas garde, la perte entraîne la perte, le loosing streak devient insurmontable, et va même en s’amplifiant. Il faut donc être un minimum préparé pour y faire face, pour éviter qu’une période sans jeu (il faut également savoir jouer sans jeu, mais c’est une autre histoire...) ne devienne le début de la banqueroute.

Les comportements à éviter

Tout ce que je raconte peut paraître assez évident. Hum. Oui mais faut-il encore savoir s’en rappeler le moment venu et réussir à l’appliquer. Car quand on se retrouve dans une dynamique de défaite on a tendance à perdre un peu ses esprits, tout en ayant l’impression de faire exactement ce qu’il faut pour se refaire. On en arrive au premier comportement à éviter...

-L’envie de se refaire

C’est naturel, quand on a perdu, on veut se refaire, et le plus vite possible en plus. On éprouve un besoin quasi compulsif de jouer, de rejouer, le plus tôt possible. Et on veut jouer tant qu’on ne se refait pas. Le problème c’est qu’en se soumettant à ces envies on perd de plus en plus, car on est très loin d’être dans son état normal et des conditions optimales pour bien jouer. Sachant que bien jouer ne veut pas dire gagner, on ne devrait jamais se retrouver en train de jouer alors qu’on sait pertinemment qu’on ne devrait pas (oui oui on le sait, le problème étant qu’on n’écoute pas sa raison dans ces cas la). Ecoutons notre raison, elle est généralement très bonne conseillère dans de telles situations. Il est très facile d’identifier un état de « c’est pas possible que je continue à perdre comme ça, je vais bien finir par me refaire tant pis si j’ai déjà perdu trois fois mon stack de 25$ », mais il est très difficile de s’empêcher de succomber. Quand le démon du jeu, car c’est bien lui, celui qui fait perdre des sommes folles aux grands « gamblers », celui qui peut devenir une pathologie, celui qui ruine des vies (il faudrait une musique un peu dramatique en fond), montre le bout de son immonde tarin, il est indispensable de le chasser. Fuyez ! Débranchez le pc et immolez le cordon d’alimentation avant de fermer la porte à clé, sacrifiez un jeu de cartes plastifiées au dieu du poker, puis je ne sais pas moi, partez à la pêche, faites l’amour à votre femme qui de toute façon en a marre de vous voir jouer aux cartes devant un écran, cuisinez un bœuf bourguignon, organisez un tournoi de pétanque avec vos voisins... Occupez vous l’esprit ! Vous verrez ça passe. Perdre beaucoup ça pique, mais la pire chose à faire est de continuer à jouer en étant énervé. Une bonne nuit de sommeil et tout va déjà mieux. Au fur et à mesure on finit par accepter les pertes comme faisant partie du jeu, et on se calme beaucoup plus vite, voire même on parvient à ne pas perdre son calme et sa concentration... Mais si vous avez envie de vous refaire, arrêtez de jouer pendant un moment. Il y a un corollaire à ce premier écueil :

-Les tentatives désespérées

Si en plus d’avoir envie de se refaire il vient l’idée de jouer à de plus hautes limites, de multiplier le nombre de tables ou même les deux en même temps pour se refaire plus vite, évidemment c’est très mauvais et la survie de votre bankroll s’en trouve très sérieusement compromise. Jouer sur 4 tables à 1/2$ simultanément et tenter en même temps deux MTT à 10$ ne va pas vous faire gagner plus vite. Il convient de se poser calmement et sereinement quelques questions lorsqu’on en arrive à de telles extrémités. Comportement à proscrire impérativement ! Voir le comportement précédent pour connaître la conduite à appliquer.

Si l’on continue à jouer après un ou deux mauvais coups, si l’on ne sent pas son bankroll menacé, car il ne faut pas non plus tomber dans l’extrême de tout stopper à la moindre perte, il faut savoir reconnaître et éviter certains comportements qui influent directement sur le jeu, et qui peuvent être résumé par être « on tilt ».

-Jouer « on tilt »

Etre on tilt veut dire qu’on est énervé, impatient, revanchard, agacé, parano... Plein de petites choses sympathiques qui dégradent considérablement les capacités d’un joueur de poker. Ca arrive à tout le monde, il faut donc savoir l’identifier, et surtout ne pas se laisser bouffer pour ne pas se mettre en danger sur des coups moisis. Il est très facile de sentir si on est on tilt. Si après avoir perdu un gros pots on se sent très énervé, on a envie d’accélérer le jeu, de bluffer plus que de raison, si on se dit que tout le monde bluffe, si on a des envie de vengeance vis à vis du mérou qui vous a pris la moitié de votre tapis sur un tirage river venu d’un monde où les côtes au pot n’existent pas (bienvenue dans le monde magique et merveilleux des gros mérous), si on se dit que de toute manière le jeu est truqué sur cette room qui n’avantage que les mérous qui donnent plein d’argent, alors c’est qu’on est on tilt. Il convient dans ce cas de se calmer le plus rapidement possible, de reprendre ses esprits et de folder ce qui n’est pas AA, KK ou AK preflop, ou si on n’a pas minimum une quinte au flop. Toujours très facile à dire, car souvent sur le coup on se sent très très fort avant de se sentir très très con.

Les comportements à adopter

Evidemment les comportements à adopter visent à contrecarrer les plans diaboliques des comportements à éviter. La répétition a du bon, et face au noir, voici le blanc.

-Analyser et se remettre en question

Il est capital après n’importe quel coup perdu ou gagné de savoir l’analyser pour déterminer les évènements clés qui ont mené au résultat final. Ai-je bien joué ? Aurais-je pu gagner plus ? Perdre moins ? Ai-je bien fait de folder ? On progresse en se posant ce genre de question, et en cherchant la réponse dans nos actes et ceux de l’adversaire. Le but est bien sûr d’éviter de commettre la même erreur à nouveau si erreur il y a eu. On cherche à optimiser les mouvements de notre bankroll, et l’analyse des coups joués est déterminante. Surtout s’il s’agit de gros coups. Dans le même esprit il est nécessaire de savoir se remettre en question. Suivant le niveau auquel on joue il faut savoir s’auto-évaluer. Tous les joueurs adverses ne sont pas des mérous qui font des erreurs monumentales sans arrêt et qui me prennent tout mon argent sur des gros coups de chance. Oui ça arrive, mais tout le monde fait des erreurs, et je suis peut être tombé sur plus fort que moi, quelqu’un qui a su exploiter une de mes erreurs. Souvenez vous qu’on aime en jouant au poker que les adversaires fassent des erreurs, c’est ce qui nous fait gagner. Il est donc naturel d’essayer d’en faire le moins possible, en restant le plus objectif possible sur son jeu. De tels raisonnements et remises en question vont être utiles pour ne pas tomber dans les comportements à éviter.

-Jouer chaque coup indépendamment

J’entends par la qu’il ne faut pas se laisser influencer dans le mauvais sens par un coup précédent. Bien sûr il faut s’en servir pour connaître ses adversaires et obtenir des informations. Ce qu’il ne faut pas faire, c’est rester bloqué sur un mauvais coup. Il y a des coups qu’on oublie sans doute jamais, mais il faut les mettre de côté pendant qu’on joue. On en tire les leçons qui s’imposent, et on passe à autre chose. Se demander pendant une heure pourquoi cet ab... a suivi ma relance preflop avec Q2 pour finir avec full Q sur 2 n’est pas constructif. C’est rageant, certes. Les 999 prochaines fois ils se fera plumer, donc du calme.

-Penser long run

Ce qui compte au poker c’est d’être gagnant sur le long run... J’avais lu quelque part que le long run au NLTHE n’arrivait pas avant 200h de jeu, ce qui est plutôt long finalement. De toute manière, le long run en NL est très long, et le short run peut-être très meurtrier, d’où le fait que se remettre d’une grosse perte peut-être très très long. Il est important de garder ceci à l’esprit quand on joue au poker, et se demander si nos actions nous permettront d’être gagnant sur le long run.

Il est indispensable de garder trace de toutes les parties jouées, des gains et des pertes, de la durée, du type de table. Cela ne peut qu’être bénéfique et ne concerne pas que les fous de statistiques (si vous jouez au poker de toute manière vous devez aimer un peu les stats et probas).

-Jouer du mieux possible

Ca paraît con à dire, mais il m’est arrivé très souvent de me dire après un coup que je l’ai vraiment joué comme une bique. Si vous lisez des articles sur le poker, si vous jouez régulièrement, vous connaissez certainement plein de théories et au moins les bases tactiques du jeu. Il suffit d’y penser en jouant, et je me suis rendu compte que ce n’est pas si évident. On se retrouve très vite pris dans une sorte de mécanique routinière, on se fond dans la masse pour finir à jouer comme une moule, et au final on ne gagne que les pots avec des mains inébranlables. Donc forcément quand le jeu ne vient pas c’est la cata. Et puis franchement ce n’est pas très gratifiant. Donc pendant que vous essayez de vous calmer et de reprendre forme humaine après une grosse perte, recentrez vous sur les bases, et appliquez les ! Adaptez votre jeu, variez, jetez les poubelles, respectez les pot odds. En bref, jouez correctement.

Pour jouer du mieux possible il faut également jouer quand on a le temps, quand on est tranquille et pas trop fatigué. Evitez la partie hop en vitesse avant que le film ne commence à la télé, avec votre femme qui vous appelle et les enfants qui veulent faire un puzzle sur le clavier... Il faut savoir s’arrêter, les petites sessions sont souvent préférables. Bref mieux vaut être serein et en pleine forme. Si ce n’est pas le cas, ne jouez pas. Voir conseils du premier comportement à éviter si c’est trop dur d’arrêter.

-Avoir un ami qui joue et qui a une oreille attentive et compréhensive

Je me suis aperçu que raconter mes mauvais coups (merci Pop’) m’a souvent aidé à me calmer et à analyser lesdit coup. Ca permet de se poser, et de mettre les choses à plat. Choisissez un ami qui joue également, qui saura vous soutenir et vous assurer qu’il lui est arrivé deux fois pire la veille, ce qui fait beaucoup de bien. Votre chien s’en fiche de savoir que l’autre poulpe avec son tirage n’avait pas du tout les côtes pour suivre votre honorable bet. Parler de ses expériences et partager est une source non négligeable de progrès et de cheminement vers la sagesse...

Voilà, j’ai sans doute enfoncé pas mal de portes ouvertes, j’ai sans doute oublié pas mal de choses, mais c’est tout ce que ma maigre expérience m’a appris, et même si beaucoup de ces conseils peuvent paraître évidents, on se rend vite compte qu’on peut se retrouver dans des états tels qu’on oublie complètement tout ça pour se mettre à jouer n’importe comment. Et la, c’est le drame...


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